2021 : un millésime atypique Nous sommes à la sortie des vinifications 2020. L’été et les vendanges ont été secs et très chauds. Contrairement à l’automne 2019, la saison 2020 restera particulièrement sèche par rapport aux normales. Seul le mois de décembre est un peu plus pluvieux, mais ne suffira pas à refaire les réserves hydriques du sol. En ce qui concerne les températures, c’est un hiver assez moyen, excepté un mois de février un peu doux. Le début du printemps est assez doux (fin mars/début Avril) ce qui encourage la végétation à démarrer. Cela nous amène au matin du 8 Avril et ses températures fortement négatives puisque les précédents records qui tenaient depuis plus de 30 ans sont battus. L’impact sur le vignoble et sur la plupart des cultures est d’une exceptionnelle intensité. Au petit matin les masses d’air froid comparables à un coulis lourd et épais descendent les coteaux pour stationner dans les vallées et les plateaux. Les dégâts sont considérables. En particulier dans les zones basses ou encaissées. L’appellation Gigondas est sévèrement touchée sur le bas de l’appellation et de manière plus anecdotique dès que l’on s’élève sur les coteaux. Les parcelles les plus tardives ne sont pas encore en végétation et donc peu touchées par le phénomène. Parmi nos voisins les plus impactées : Vacqueyras et Sablet. Les mois d’avril et de mai sont assez frais avec des précipitations abondantes. La pluviométrie est supérieure de 40% aux normales saisonnières. La pression cryptogamique reste cependant raisonnable. Débourrement légèrement tardif, gel, fraicheur, ensoleillement médiocre : la végétation est en retard. On retrouvera ce retard (entre 10 et 15 jours) tout au long du cycle de la vigne. Les mois de juillet et d’août restent dans les normales saisonnières en ce qui concerne les précipitations et les températures. En revanche, les mois de septembre et octobre comptabilisent un nombre élevé d’épisodes pluvieux, parfois violent. Très tôt, certaines parcelles se trouvent impactées et voient leur état sanitaire se dégrader. Quelques syrahs sont d’ailleurs récoltées en légère sous maturités. Le retard de maturité de 15 jours se confirme. Les durées entre deux précipitations sont très courtes. De ce fait, les sols restent frais et humides et les phénomènes de re-concentration des baies n’ont pas lieu, même sur les dernières parcelles vendangées autour du 21 octobre. A Gigondas la récolte est plutôt faible mais honorable comparée aux secteurs véritablement touchés par le gel. Les états sanitaires sont globalement bons malgré quelques cuves à surveiller de près. Une fois de plus, le tri des raisins a une importance capitale. Parmi les caractéristiques du millésime il faut citer en priorité la taille des baies : les poids mesurés pour 200 baies sont parmi les plus élevés des 20 dernières années. On note un joli potentiel polyphénolique malgré ces dilutions apparentes. Les teneurs en azote assimilable sont très bonnes. Même si les acidités sont assez basses, les potassiums restent raisonnables ce qui annonce une bonne conservation de l’acide tartrique. Les alcools probables sont bien plus bas que ceux dont on a l’habitude. On mesure facilement 1%vol. de moins par rapport aux dernières années. Les moûts, avec des TAV probables raisonnables et des teneurs en azote confortables, fermentent plutôt bien. Les extractions sont assez lentes et les vins ne bénéficient pas d’une concentration importante. En revanche, les équilibres sont bons, avec souvent de la fraicheur aromatique. Comme chaque année, il est primordial d’adapter les vinifications aux raisins : temps de cuvaison, extraction, température de fermentation. Par exemple, il est important de différencier un tanin vert pour agir en conséquence et ne pas extraire de végétal. A noté cette année, la présence de goût d’érigéron dans le vignoble. Problème aromatique qui peut être important et ne peut pas être traité. Les fermentations malolactiques prennent facilement la suite et se déroulement globalement sans difficulté. 2021 est un millésime d’ores et déjà équilibré, gourmand, avec une belle expression aromatique. Les TAV bien inférieurs aux années précédentes lui procure un belle buvabilité. Comme le millésime précédent, 2021 peut se vanter de son élégance et de ses beaux équilibres. Copyright : Laurent Philis – Philis Œnologie à Gigondas