S comme Savoir-faire

Acrostiche pour décrire l’appellation Gigondas
aujourd’hui et hier

Nous avons démarré cet acrostiche du mot Gigondas avec le plaidoyer de Jacques Puisais pour les vins de terroir qui reflètent le paysage du lieu où ils sont nés. Cette série de billets a montré en quoi les spécificités du sol et du sous-sol, de la topographie, du climat ou de la biodiversité offrent au cru des vins uniques , charpentés et ciselés comme les gigantesques dalles de calcaire au cœur des Dentelles de Montmirail, généreux comme le soleil du midi et frais comme une bourrasque de Mistral. Leur parfum embaume les fruits rouges et noirs, la réglisse et la garrigue.

Mais le vin n’est pas uniquement le produit de la Terre. Il est « élaboré », fruit d’un long travail et œuvre de l’esprit. L’UNESCO ne s’y est pas trompé. Le gardien du patrimoine mondial définit le terroir — concept né dans l’Hexagone qui ne connaît pas d’équivalent dans d’autres langues et qui s’est exporté sur tout le globe — comme « un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs, et de pratiques fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains. » Et il ajoute : « Les savoir-faire mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace, et donc pour les hommes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition. »

 

À Gigondas, la civilisation du vin est apparue avec les Romains et elle a traversé les siècles. D’une culture vivrière est né un art de vivre propice à la félicité et aux plaisirs de la table .

Ce savoir-faire vitivinicole ancestral n’a pas empêché qu’émerge très tôt une démarche de qualité et d’innovation. Rendons encore une fois hommage à Eugène Raspail, vigneron et homme politique qui, dès le milieu du XIXe siècle, réalise la première étude géologique des Dentelles, travaille sur les effets bénéfiques du soufre dans la lutte contre l’oïdium et plante de nouveaux cépages qualitatifs pour ne plus dépendre des hybrides.

L’obtention du statut de Cru en 1971 représente une consécration et une incitation à toujours mieux faire. Un cahier des charges édicte désormais les dispositions à suivre en matière d’encépagement, de conduite du vignoble, de récolte, de vinification et d’élevage afin d’obtenir l’Appellation d’Origine Contrôlée Gigondas. Les rendements comptent par exemple parmi les plus faibles de France (36 hL/ha maximum, souvent inférieurs dans les faits). Quelques années plus tard, les vignerons soutiennent l’installation, au cœur de la commune, du laboratoire œnologique Philis, précieux outil d’analyses, de conseil et de formation.

Si le travail de vinification est fondamental dans la révélation du terroir, il ne changera jamais la nature profonde des raisins qui arrivent à la cave. Permettre à la plante de vivre en parfaite harmonie avec son environnement réclame modestie, intelligence et patience. C’est une politique des petits pas à travers laquelle une génération œuvre pour les suivantes.

Cinquantenaire, l’appellation Gigondas a l’avenir devant elle.

Partager sur Partager sur

Nos autres actualités