2020 : un millésime élégant et accessible

Nous sommes à la sortie des vinifications 2019. L’été et les vendanges auront été très secs. Impressionnant de contraste, les mois d’octobre, de novembre et de décembre ont bénéficié de précipitations pratiquement deux fois supérieures aux normales saisonnières. Ces nombreuses pluies ont permis de rétablir de bonnes réserves en eau.

L’hiver est doux. Les mois de janvier, février et mars sont de nouveau peu arrosés. Heureusement, avril et mai profitent de pluies dont les quantités sont conformes aux moyennes des dernières années.

Le printemps aussi est doux. Cet enchainement de températures plus hautes que les normales se confirme, puisqu’un nouveau record est battu, celui de l’hiver et du printemps les plus chauds depuis 1900.

Conséquence directe, nous constatons une avance de la végétation de 10 à 15 jours. La floraison précoce se déroule plutôt bien cette année, avec un excellent taux de nouaison. Cette étape est cruciale pour le grenache.

En termes de fait divers, le vignoble de Gigondas n’est pas impacté par la gelée de fin mars, ni la grêle de fin mai.

Nous vivons désormais un été extrêmement sec ! Cependant, les bonnes ressources en eau permettent à la vigne de rester dans un certain confort hydrique jusqu’au 5 juillet environ, ce qui est assez exceptionnel. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir la vigne pousser jusqu’à la mi-juillet. Conséquence visible sur les feuillages qui sont bien plus développés qu’en 2019.

Il est important de noter qu’entre septembre 2019 et juillet 2020, le cumul des précipitations est conforme aux statistiques. En revanche, la répartition de ces pluies est inhabituelle avec des longues périodes sans pluie et des épisodes pluvieux intenses.

Le stress hydrique n’apparait réellement que fin juillet. A la fin août, certains secteurs souffrent et quelques parcelles subissent des blocages de maturité important. On constate alors sur certains grenaches des véraisons incomplètes.

La maturité s’approchant, les contrôles de maturité se multiplient. On retrouve une avance de 7 à 10 jours sur les équilibres physiologiques (sucres et acides). Les poids des baies sont supérieurs à 2019. On note aussi de belles teneurs en azote assimilable, nutriment essentiel pour les levures, et garantie de la bonne cinétique des fermentations.

Les maturités sont très hétérogènes et très compliquées à appréhender. Les écarts entre les maturités phénoliques et physiologiques peuvent être très importants. Certaines parcelles en souffrance ne l’atteindront d’ailleurs pas. La notion de compromis s’impose de nouveau cette année. Il n’y a pas de contraintes sanitaires avant les quelques rosés qui apparaissent à partir de mi-septembre ainsi qu’un climat plus perturbé fin septembre (fortes pluies et gèle). Certains impacts sont visibles et une attention particulière est nécessaire. Le premier rosé de Gigondas a été vendangé durant la première semaine de septembre et la dernière parcelle de rouge est rentrée le 15/10/2020.

La récolte est correcte en quantité. Les baies sont de tailles satisfaisantes mais restent dans la moyenne basse des années précédentes. Les états sanitaires sont bons, mais l’hétérogénéité au sein de la vendange rend les vinifications délicates à piloter, avec de fortes variations analytiques au sein d’une même cuve.

De manière générale, on mesure des TAV probables très élevés et des acidités extrêmement basses. Les PH battent de nouveau des records. Les bonnes teneurs en azote se confirment et les fermentations se déroulent plutôt bien.

En ce qui concerne les tanins et les couleurs, nous n’assistons pas comme en 2019 à des extractions massives et rapides. Même si les polyphénols finissent par apparaitre, les cuves de 2020 ne seront jamais aussi tanniques que celles du millésime précédent.

La qualité s’annonce bonne : les fermentations sont aromatiques et on détecte peu d’agressivité acide ou tannique. Comme chaque année, il est primordial d’adapter les vinifications aux raisins : temps de cuvaison, extraction, température de fermentation. Un pilotage précis est obtenu par des dégustations quotidiennes. Il est primordial de faire la part des choses entre des raisins mûrs qui peuvent être extraits et des tanins en sous-maturité qu’il ne faut, au contraire, pas malmener.

Il est évident que le millésime 2020 ne comptera pas parmi les monstres de puissance. En revanche, l’élégance et l’accessibilité que lui confèrent ses beaux équilibres est un atout pour une consommation sur la jeunesse.

Les rosés sont généreux, avec beaucoup de floral et de fruits charnus. Les rouges sont ronds, équilibrés, avec une belle aromatique de fruits mûres et d’épices. Les finales sont soyeuses et élégantes, sans aucune agressivité.

Copyright : Laurent Philis – Philis Œnologie

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