I comme Identité

Acrostiche pour décrire l’appellation Gigondas
aujourd’hui et hier

Dans le précédent billet, « G comme Géologie »  , le décor a été planté. Au centre de la scène, les Dentelles de Montmirail, un site naturel exceptionnel, à l’origine de sols complexes et variés. Le vignoble classé en appellation Gigondas se tient tout entier sur la commune du même nom, au nord du Vaucluse. En contrebas du village, sur le plateau, la vigne est sous les feux de la rampe. Sur les collines qui prolongent les Dentelles et plus encore sur les versants abrupts du massif, elle côtoie les chênes, les pins et la garrigue. Partout elle bénéficie d’un microclimat frais.

Cette unité géographique et cette richesse géologique ont donné naissance à un terroir unique qui se traduit dans les flacons. Le rideau se lève, goûtons ces grands « vins de lieu ».

Dans les verres, se joue un numéro d’équilibriste. Côté yin, la fraîcheur et l’aération apportées par le relief et le Mistral. Côté yang, le soleil et la sécheresse méridionales. En bouche, les vins sont généreux mais vifs, amples par leur teneur en alcool et droits grâce à leur acidité. Pour le critique américain Josh Raynolds, les Gigondas « représentent la synthèse de la fraîcheur et de la chaleur des vins de la partie provençale de la vallée du Rhône ». L’écrivain britannique John Livingstone Learmonth, qui a goûté chaque millésime du cru depuis 1973, confirme : « Déguster à Gigondas pendant cinq décennies donne une forte impression qu’il y a plus de fraîcheur à cet endroit que dans la plupart des autres vignobles de la vallée du Rhône méridionale. »

Les vins de Gigondas réunissent également la puissance et la délicatesse. Les goûter, c’est boire le paysage, ses formes et ses matières. Charpentés et ciselés, ils ressemblent aux immenses falaises qui se dressent au cœur des Dentelles. Ces dalles sont constituées de calcaire, roche sédimentaire que l’on retrouve dans les sols de toute l’appellation et qui apporte de la finesse. La présence de veines de sable produit également une texture très fine. Leurs tannins sont présents mais grenus.

Peut-être est-ce de la mise en relation de ces opposés complémentaires que naît la tension ressentie par de nombreux dégustateurs ? Le journaliste anglais Andrew Jefford affirme que les jus « vibrent d’une énergie fraîche et brillante ». Ces vins coruscants rendent hommage à la lutte entreprise par les ceps dont les racines doivent plonger profondément pour puiser de quoi produire des fruits et aux efforts de ces derniers pour mûrir, lentement.

L’AOP Gigondas signe des vins charnus et finement taillés. Leur fraîcheur les distingue dans la basse vallée du Rhône. Cette identité commune n’empêche pas les caractères de s’exprimer. Les infinies déclinaisons du terroir et de la personnalité du vinificateur qui l’aide à se révéler sont autant de variations autour d’un même thème, qu’on appelle dans le mondo vino « typicité ». Vous assistez à un nouveau spectacle à chaque fois que vous débouchez une bouteille. Ouvrez grands les yeux et les oreilles, affûtez vos papilles, la tirade du vin peut commencer.

 

Les citations sont extraites du livre Gigondas : Ses vins, Sa terre, Ses hommes, paru aux éditions Bottin Gourmand.

 

 

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