G comme géologie

Acrostiche pour décrire l’appellation Gigondas
aujourd’hui et hier

G comme géologie

Le regretté Jacques Puisais, ardent défenseur du « goût juste » et des vins de terroir, cherchait dans le verre « le paysage du lieu ». Et s’il y a bien des vins qui répondent à cette exigence, ce sont ceux de Gigondas.

Ici, le paysage est spectaculaire et saisissant de beauté. Imaginez un charmant village provençal lové dans un immense massif forestier d’où jaillissent des lames de calcaire ciselées par l’érosion qui culminent à plus de 600 mètres. Vous empruntez un des nombreux sentiers qui le traversent. Selon l’heure et la saison, vous sentez sur votre peau la caresse ou la brûlure du soleil méditerranéen. Le Mistral, souffle rafraîchissant ou bourrasque glacée, porte à vos narines des effluves de garrigue et de pinède.

Les Dentelles de Montmirail, c’est leur nom, témoignent des temps géologiques les plus anciens et de l’extraordinaire puissance des mouvements tectoniques qui les ont dressées vers les cieux. Situés sur la grande faille dite de « Nîmes », les sédiments qui se sont accumulés au cours des ères secondaire et tertiaire émergent avec la construction des Pyrénées et la poussée alpine il y a entre -10 et -6 millions d’années.

Ce phénomène unique a donné naissance à une mosaïque de sols complexes et variés, où le calcaire sert de trait d’union.

Les 1 200 hectares de l’appellation se répartissent en cinq grandes familles de terroirs. À l’ouest, sur une petite surface, des terrasses quaternaires alluvionnaires de la rivière Ouvèze constituées de graviers et de sable.

Au niveau du village, un cône de déjection riche en fragments calcaires peu roulés, plutôt sableux mais riche en argiles. Discrets mais présents dans de nombreux lieux-dits, des sables et grès tertiaires, qu’on appelle des safres. De manière très localisée mais sur une superficie significative, des marnes du crétacé. Enfin, dans la partie la plus en altitude du vignoble, un sous-sol argileux couvert d’éboulis des Dentelles (marnes et calcaires du crétacé inférieur). Ces différences sont peut-être un détail pour vous, mais pour la vigne, ça veut dire beaucoup.

Ce paysage, sculpté par la géologie, a aussi été façonné par les Hommes. Après l’obtention du statut de cru en 1971, la volonté d’agrandir le vignoble pousse certains vignerons et négociants à planter en altitude. Et il leur en a fallu du courage pour créer des « banquettes », les terrasses qui accueillent les vignes sur ces coteaux abrupts.

 

Il ne faudrait pas non plus oublier la contribution climatique du mons mirabilis, la « montagne admirable ». Les brises montantes et descendantes provoquées par le relief tourmenté tempèrent le climat méridional de Gigondas. Ces coulis d’air froid viennent rafraîchir les grappes jusque dans la plaine, en contrebas du village. De plus, l’exposition du vignoble, majoritairement orientée vers l’ouest, voire parfois le nord-ouest, offre une aération parfaite, évite les chaleurs excessives de l’été et permet aux raisins de mûrir lentement.

Toutes ces caractéristiques du sol, du sous-sol, de la topographie, du climat ou encore de la biodiversité sont constitutives du terroir. Vous aurez compris qu’à Gigondas il offre de multiples visages mais que toujours le précieux nectar y est le produit de la douceur provençale, de l’apprêté des éléments et de la ténacité des Hommes. La rondeur et la verticalité dans un ballon. Ce sera l’objet du prochain billet.

 

 

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